Présentation

TOUS CES MOMENTS

Présentation

Lorsque je me promène dans la rue avec ou sans but précis, j’ai tendance à tout observer. Je regarde partout sauf là où je mets mes pieds. Je dois tenir ça de mon père.
Le moindre détail m’interpelle, m’intrigue et m’intéresse. La vie des gens anime la mienne. Leur quotidien, leurs habitudes et leurs petites manies en fabriquent une en moi : photographier tout et n’importe quoi. J’aime avoir mon appareil autour du cou coûte que coûte. Je porte alors attention à tout un tas de broutilles. N’importe quel élément m’attire comme un aimant. Je dévisage des fragments de la moindre activité qui se dessine près de moi. Je contemple les morceaux de nos quotidiens, toutes les parties de nos vies et de nos corps. Je bloque parfois sur ce qui orne nos journées. Je tente d’immortaliser tous ces moments avec justesse, précision ou de manière floue et bancale : plutôt souvent de manière floue et bancale.

J’aimerais à travers mes photographies témoigner des choses que l’humain a créées de toute pièce mais auquel il ne porte plus attention. Je suis intéressé et intrigué par tous les regroupements de personnes. Je me retrouve aujourd’hui à traîner dans des manifestions pour des causes qui me sont chères, dans des entreprises pour raconter la cadence de chaque journée. J’aime me rendre dans les quartiers loin du centre ville, et là où personne n’a jamais pensé faire de carte postale. J’affectionne les voyages en pleine ville ou à la montagne. Je souhaite montrer les minorités de genre, faire un focus sur un groupe de personnes animées par les mêmes envies, montrer la beauté des repas de famille, la mélancolies des vieilles maisons, les paysages, parler des quatre saisons et photographier les gens dans la rue.

Le quotidien de tous est rythmé par une technologie qui évolue sans cesse. On oublie parfois la simplicité des choses.

Mes voyages m’offrent quelques réponses sur toutes les questions qui m’habitent. Les doutes persistent et abîment parfois mes pensées. Photographier sans but, déambuler en ville, me sentir seul même au milieu de milliers de personnes, derrière mon petit appareil argentique agit sur moi comme de la pommade ou un pansement.

CHEMINEMENT

Mes études de paysagiste et mon premier métier en lien avec les jardins et la nature m’ont épaulé et aidé à appréhender l’espace. Au premier abord, nous pourrions nous dire que cette formation ou le cursus que j’ai suivi par passion n’a rien à voir avec ma vie d’aujourd’hui, mais en réalité un grand nombre de points communs m’aident et m’ont aidé dans mon parcours.

J’ai suivi entre 2002 et 2004 un Brevet de Technicien Supérieur d’Aménagement Paysager par alternance chez un paysagiste d’intérieur à Toulouse (Fr). Cette expérience professionnelle résonne encore en moi aujourd’hui. La connaissance des arbres et des plantes vertes, l’occupation de l’espace, l’importance d’une architecture locale, d’une cohérence entre le végétal et le minéral, l’identité propre à chaque pays, chaque ville et parfois même chaque quartier est encore important pour moi. Toutes ces choses faisaient et font partie de ce qui me passionne. Sans parler de l’aspect social, de l’étude sociologique des individus, de leur personnalité, ce que leur jardin montre d’eux, qui résonnent encore et encore en moi.

Étant très attiré par les cultures urbaines, au milieu de mes études, sans trop me poser de questions, mes jours et mes nuits étaient rythmées par le tag et le graffiti. Cette pratique a duré quinze années. Cela m’a amené à voyager, faire plein de rencontres et découvrir le monde avec un autre regard. Je me sentais bien lorsque j’étais à un endroit où il était interdit de se trouver. Je me souviens de cette sensation inexplicable d’être face à un mur avec l’univers bruyant dans mon dos ou à aller me coucher lorsque le monde se lève.

Depuis tout ce temps, je trimballe partout un petit appareil photo. J’entasse les clichés ici ou là tels des souvenirs au fond d’un tiroir. Je ne les regarde presque jamais et les montre peu. C’est comme si ça appartenait au futur : laisser une trace et oublier qu’elle existe. Avec les années je n’étais pas totalement satisfait de la culture du numérique aux antipodes de ce que je combat au quotidien. La sensation et l’esthétique de la photographie argentique me correspondent mieux. C’est ma femme Carole qui m’a poussé dans ce sens. Début 2019, nous sommes rentrés de notre voyage de noce en Californie le cœur gonflé à bloc. J’ai ramené environ 5000 photos avec mon petit Fujifilm X100T que j’aimais tant. Je suis incapable de retenir une seule image de ce voyage. A posteriori, les 120 photos réalisées par ma partenaire de vie et de voyage sont toutes gravées dans ma mémoire. J’ai juste à regarder ses clichés pour revivre les moments : la série à Palms Spring, la forêt de Joshua, les enseignes du Nevada, ou encore les palmiers qui flottent dans le ciel de Los Angeles.

Quelques mois plus tard, nous décidons de partir huit jours avec nos parents pour leur montrer New York. Je me force à ne prendre dans mes valises que deux appareils à pellicules : un Konika Pop et un Olympus OM1 que j’ai trouvé plus dur à apprivoiser. Mais c’est lors de cette excursion que tout a changé dans ma vie artistique et picturale.

Aujourd’hui, ce que j’aime par dessus tout dans cette pratique, c’est être au début d’une nouvelle aventure. Je ne peux pas faire de pronostic sur l’avenir. Je ne soupçonne pas ce qui va se passer par la suite dans cette quête et cette aventure inattendue. J’ai le sentiment que tout ce qui s’ouvre à moi est infini. J’apprécie de me dire qu’avec mon appareil photo et mes pellicules je peux aller partout sans aucune limite. Comme l’écriture, la lecture, la culture de l’image, les films, les séries ou la musique, la photographie me permet de voyager, de faire voyager, et surtout montrer certaines choses que l’on ne voit pas ou plus.

MES INSPIRATIONS

Je suis né et j’ai grandi à Saint Céré au nord du département du Lot. C’est situé en plein milieu de la France entre Limoges et Toulouse. C’est une petite ville entre New York et Pékin si on veut voir un peu plus large. J’aime cette idée que je me suis construit au centre du monde, au milieu de rien et à la fois au cœur de tout.

Aujourd’hui je vis et travaille à Pessac en banlieue bordelaise en Gironde (33), ville que je découvre chaque jour un peu plus. C’est le Sud-Ouest de la France. Je dois avouer que si aujourd’hui je m’implique tant dans la photographie et que je me suis mis à fond dedans c’est grâce à ma femme Carole Meije Moreau Soquet qui est et restera à mes yeux la meilleure dans le domaine. Elle m’encourage et me pousse à continuer. Son regard et sa vision compte beaucoup pour moi.

J’ai eu un immense déclic lorsqu’elle m’a amené chez Bruce Gilden avec qui elle avait fait un Workshop à Miami. On a un point commun, sa femme est française et elle est de Bordeaux. Lorsque j’ai rencontré cet homme, je ne connaissais pas son travail. Avec mon anglais fébrile et plus que approximatif, je n’osais pas dire un mot de peur de ne pas être compris et de ne pas comprendre. J’observais ce personnage et ses trois chats dont il est fan avec mes yeux d’enfant. Dans la photographie j’ai énormément de lacunes quant aux grands noms qui ont construit ce mouvement mais les imprévus de la vie et les rencontres m’ont fabriqué une vision qui me plaît. J’ai pris conscience de ce qu’est la street photography ce jour, après avoir rencontré un des pionniers de ce mouvement. J’ai passé après ça des heures à regarder des vidéos de lui en train de shooter dans la rue à travers le monde et lu quelques uns de ces ouvrages. Comme il dit : « La beauté est partout ». J’ai pris conscience et eu envie d’être proche des gens et des scènes que je souhaite photographier pour que le spectateur puisse rentrer aussi dans l’histoire que l’on veut regarder.

Je me retrouve beaucoup dans le travail d’Emilie Désir que j’ai pris le temps de découvrir après l’avoir rencontrée un été dans les Pyrénées. Sa photographie engagée et sa vision me parlent beaucoup. Elle photographie les minorité de genre, elle est le cri de toute une partie de la population invisible. Elle travaille avec passion.

Je suis à des années lumières d’atteindre leur niveau et leur notoriété mais j’aime passer du temps à regarder et observer leur travail. Je suis aussi très intrigué et assez fan des noir et blanc de Fred Mortagne, des portraits d’Odieux Bobby, et de la vision américaine de Théo Gosselin. Je découvre les merveilleux travaux de Vivian Maier. Ces influences dansent dans un coin de ma tête en musique de fond.

Notre maison est remplie de plantes, d’objets, de peintures et de photos. Deux de ces photographies sur nos murs attirent souvent mon attention. La première est un cliché de Camille Lepage, photojournaliste malheureusement décédée trop jeune. La photo que nous avons d’elle est une scène au Soudan d’un couple au milieu de ce qu’il reste de leur maison, des débris de guerre. On dirait une peinture aquarelle. Le silence et la poésie qui se dégagent de cette scène sont incroyables.

La deuxième photo qui me plaît beaucoup, je la regarde chaque jour. C’est une image de Thomas Hoepker. Lors des attentats du 11 Septembre 2001, il est de l’autre côté de l’eau et a immortalisé une scène d’un groupe d’adultes en pleine discussion. On voit derrière eux les flammes grimper à toute vitesse dans le ciel. La scène est absurde.

LE FUTUR

Dans le futur, j’espère continuer à garder l’insouciance des débuts. Je ne souhaite pas acquérir une meilleure technique. Les appareils que j’utilise etma manière de penser m’en persuade jour après jour. J’avance en roue libre, la tête baissée ou les yeux levés au ciel. J’ai commencé l’argentique avec un petit appareil Konika Pop acheter 2 euros sur une brocante. Quelques temps après lors d’un voyage en Écosse, je me suis procuré un Olympus OM1. Puis il y a une année tout rond j’ai eu pour Noël un Nikon L35 qui me suit partout entre deux réparations.
J’utilise parfois des vieilles pellicules que l’on me vend ou me donne mais la plupart du temps j’achète des Ultramax de chez Kodak, d’où mon nom sur instagram.

Je suis motivé pour exposer des séries dans des endroits où l’on ne m’attend pas particulièrement. Je souhaite aller partout où il y a de l’humain. J’aimerais avoir l’opportunité d’apporter mon point de vue à de la photographie de mariage nouvelle ou pour présenter n’importe quel corps de métier. Je me considère comme un bon deuxième œil d’un photographe principal. Je n’aurai jamais la prétention de couvrir un événement seul mais j’aimerais tantimmortaliser tous les petits détails qui font notre quotidien, illustrer nos vies, graver nos mouvements et nos habitudes, les glorifier et perpétuer toutes les traditions. Je veux donner un peu de 1990 en 2020.

Je vous remercie de m’avoir lu jusqu’au bout.

Je parle beaucoup. C’est pareil sur mes publications sur les réseaux sociaux mais au fond, je crois que c’est ce qui me correspond dans la vie de tous les jours, alors il n’y a pas de raison que ce ne soit pas pareil ici.

N’hésitez pas à me faire des retours par mail ou sur Instagram et à me contacter pour la moindre idée de projet.

Paul Pavelle 3 Janvier 2022 à Pessac.